Pourquoi la croisière a le vent en poupe

Largue-t-on finalement  les amarres pour gagner le large ?  Cette double aspiration, s’évader en mer et s’installer dans un paquebot, est paradoxale. Et pourtant le paradoxe fonctionne.

PRENDRE LE LARGE, MAIS…

« Larguez les amarres », « mettre les voiles « , « prendre le large » sont des termes marins repris dans le langage usuel pour exprimer l’évasion, l’abandon, le départ.  Dans notre esprit, naviguer en mer symbolise notre appel à un ailleurs. Or, quand nous partons en croisière, nous recherchons un maximum de confort et de sécurité.  A tel point, que les navires de croisière sont devenus des villes flottantes, la taille de ces bateaux peut atteindre aujourd’hui 10 étages et accueillir de plus en plus d’infrastructures de confort et de loisirs. Où est par conséquent le large ?

Largue-t-on finalement  les amarres pour gagner le large ?  Cette double aspiration, s’évader en mer et s’installer dans un paquebot, est paradoxale. Et pourtant le paradoxe fonctionne. C’est peut-être la raison pour laquelle la croisière a le vent en poupe.  « Voyager est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve », écrit  Guy de Maupassant. Nous avons en effet besoin de rêver, le voyageur est curieux, est prêt à se laisser bousculer. Mais la nouveauté qu’apporte l’évasion menace notre sécurité interne. Or nous avons besoin d’assurer notre sécurité pour risquer l’inconnu.

GARDER QUELQUES AMARRES

Les amarres du bateau sont des cordages qui servent à maintenir le bateau à quai.

Nous avons, nous aussi, nos propres amarres psychologiques.  Le monde est perçu comme insécurisant ce qui implique la peur mais ce n’est pas l’unique explication de notre nécessité à garder des amarres pour pouvoir partir. Le voyageur se confronte aussi à la peur de la déception, de ressentir émotions négatives, de vivre l’imprévu. Ainsi il garde ses amarres pour se rassurer et peut faire face à ces peurs.

Les besoins de l’être humain sont organisés selon une hiérarchie où le besoin de sécurité interne précède l’aspiration à la nouveauté. Pour Abraham Harold Maslow (célèbre psychologue américain connu pour son approche humaniste, NDLR), nous devons d’abord répondre à nos besoins de bases pour accéder à nos besoins supérieurs. La satisfaction du besoin de protection, de stabilité, la maitrise sur l’extérieur ouvre la voie aux nouvelles expériences et à la connaissance, ce qui participe à notre accomplissement de soi.

On part en croisière pour voyager en sécurité. Le navire rassure par un équipement à la fois sûr et confortable. Mais voyager en sécurité est-ce vraiment voyager ? Dans les croisières, nous nous évadons pour aussitôt nous retrouver. Le paradoxe fonctionne parce que la navigation crée une alternance étroite entre le connu et l’inconnu, et cela, dans la même journée. La croisière offre le déplacement sans obligation de bouger, un dépaysement plus ou moins contrôlé selon notre motivation personnelle en termes de sécurité et de nouveauté. Par exemple, on peut choisir de se déplacer dans la ville de son plein gré ou de se laisser guider par les visites organisées. La croisière est un moyen d’évasion accessible parce qu’elle a lieu dans un espace sécurisant et confortable que représente le navire. Larguez les amarres c’est l’appel à un ailleurs, encore faut-il rencontrer quelqu’un dans cet ailleurs.

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