La thérapie d’Annie : Le burn out

25 Sep
par Myriam Ott,

Annie est une femme très élégante de 50 ans. Elle a besoin de quelques séances pour prendre une décision d’ordre professionnelle et sortir de son Burn Out.  « J’ai un trop plein d’émotions, je n’avance pas, je craque, je crois que je fais un Burnout. »

Annie n’arrive plus à s’impliquer dans son travail avec autant d’ardeur depuis que sa relation avec ses patrons a changé.  Elle aimerait faire le bon choix mais elle a trop d’amertume pour persévérer et trop peur du regret pour partir.

Annie travaille dans une agence de tourisme depuis son ouverture il y a 7 ans. Avec ses patrons l’investissement est total et l’agence se développe très vite.

« Au début c’était comme une entreprise familiale, nous partagions les mêmes valeurs, nous avions le même acharnement au travail, cette agence était comme la mienne ». Dans l’agence, Annie s’occupe de la partie organisation de voyages et le couple de la partie commerciale.

Ils deviennent de très bons amis et se fréquentent en dehors de l’agence. « J’ai découvert avec eux une passion pour les voitures de luxe ». Le couple organise des évènements autour de cette passion. Annie y participe avec son mari.  Celui-ci est très présent dans la vie d’Annie, il est éperdument amoureux depuis 25 ans, elle est tout pour lui.

Le nombre de salariés augmente avec l’expansion de l’entreprise. Dans ce domaine, le turn over d’agents de voyage est fréquent. Annie est la plus ancienne, elle a su garder la confiance de ses patrons.

Les années passent, Annie s’épanouie, les affects forts qu’elle développe avec ses patrons renforcent son efficacité. Elle assume de plus en plus de responsabilités et elle maitrise les transactions à la perfection

Mais l’idylle avec ses patrons s’évanouit avec l’arrivée d’une nouvelle salariée. Les patrons embauchent en cdd une femme expérimentée, elle gagne la confiance rapidement de ses patrons et exerce une grande influence sur les décisions. Elle obtient un CDI, la seule après Annie. « Les patrons semblent ne pas voir les dégâts qu’elle crée. Elle a fait virer 4 salaries en deux ans mais elle n’a pas réussi à me faire partir, je garde mes distances » Selon elle, c’est la fin de l’ambiance de l’entreprise familiale, les patrons, pris dans leur tourbillon de réussite, perdent les valeurs humaines partagées avec Annie, et s’accordent avec les valeurs plus vénales de la nouvelle

Elle passe du conflit avec ses patrons, en leur reprochant les changements consécutifs aux galons donnés à la nouvelle, à une d’attitude de repli. Annie ne participe plus aux réunions ni aux évènements festifs. Les tentatives pour rétablir la relation initiale avec ses patrons ne produisent pas leur effet. Le couple n’entend pas la vision d’Annie.

Annie vit mal son repli, elle commence à se dévaloriser, elle se trouve impulsive avec ses collègues, elle n’arrive pas à faire passer les directives sans blesser.

Annie présente des signes de Burnout.

Le burnout se traduit par un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel » (definition de l’OMS).  C’est un processus qui inclut trois dimensions : L’épuisement, la déshumanisation, l’autodévalorisation, pouvant amener la personne au désengagement et de la perte l’identité professionnelle.

Dans l’histoire d’Annie, le Burnout est le résultat d’un surinvestissement sans la récompense affective qu’elle attendait. (Fatigue émotionnelle)

Elle dit ne plus pouvoir s’investir de façon humaine parce qu’elle est déçue. Elle ne reçoit pas le soutien de ses patrons et collègues. Elle prend ses distances et se resigne. (Deshumanisation)

Elle doute de ses capacités relationnelles (autodévalorisation).

Elle perd la maitrise de ses compétences, elle ne peut plus s’impliquer avec ardeur (désengagement).

Ce n’est pas la première fois qu’elle connait cet hyperattachement. Elle a travaillé pendant 5 ans avec un couple d’avocats dans un cabinet. Le couple lui a transmis tout son savoir, elle s’est construite professionnellement à leur contact, ils représentent un modèle. Elle déménage pour rejoindre son mari. Elle cesse son activité pour se consacre à sa vie famille.

Cette séparation professionnelle est vécue comme un arrachement, elle a mis plusieurs années à se défaire de leur absence. « Je ne veux pas vivre à nouveau cette souffrance, c’est pour cette raison que je reste avec mes patrons actuels ».

En réalité, elle vit déjà la séparation, l’hyperattachement a cessé avec la nouvelle salariée. Comme dans une famille où l’ainé vit, à la naissance du cadet, la frustration d’avoir perdu le bonheur de la relation exclusive.

Elle se souvient qu’enfant, son père lui vouait une admiration sans borne. Elle est l’ainée, c’est la seule à combler son père avec ses excellents résultats scolaires et son envie de réussir. C’est une grande satisfaction pour elle d’avoir pu réaliser le souhait de son père.

Dans les deux situations professionnelles, elle travaille pour un couple, elle est dans la position d’un enfant qui veut satisfaire ses parents pour garder leur amour.

J’aborde avec elle la répétition de son mode d’attachement avec son père, son mari, le couple d’avocats et le couple d’agents du tourisme :« Dans votre histoire il faut se donner à fond pour obtenir un hyper attachement, cela vous oblige à satisfaire les besoins d’autrui pour être combler de toute l’affection.

« Vous n’avez pas à renoncer au lien mais à cet idéal d’être tout pour l’autre sinon vous êtes rien sans l’autre ».

« C’est vrai » dit-elle « en quittant le couple d’avocats, je n’étais pas triste, mais vide »

Dans la situation d’Annie, la dépendance affective est sous-jacente au burnout.

« Le besoin de lien est normal en revanche si vous mettez toutes vos attentes sur une seule personne en l’occurrence le couple, vous êtes en situation de dépendance affective. On se définit par les autres, non pas par un autre. »

Elle pense alors à sa secrétaire qu’elle admire. « Elle semble détachée des émotions, sait communiquer de façon assertive et avec humour. Elle est entourée et inspire le respect et la sympathie ».  Même si Annie idéalise la secrétaire, elle y voit la possibilité de créer des liens satisfaisants.

Deux mois plus tard, Annie reprend rdv, elle a un nouveau projet. Son mari lui propose de la rejoindre dans une nouvelle affaire en lien avec l’immobilier, elle serait son bras droit. Elle a les compétences pour ce poste, le challenge la motive mais elle hésite, elle ne veut pas se sentir envahi par son mari. Je lui réponds que la raison de son hésitation est la preuve que la relation fusionnelle n’est plus satisfaisante pour elle.

Cette épreuve a été l’occasion d’ouvrir une brèche et d’assumer la responsabilité de ses propres émotions et sentiments. Elle sait que la fusion se transforme en servitude et que sa perte crée des angoisses. Elle fait l’expérience d’un autre mode d’attachement, une dépendance qui n’est pas totale mais partielle, plus souple et libre

Dans cet accompagnement psychologique, Annie a identifié sa croyance : « j’ai besoin d’un lien fusionnel pour exister. » Le changement relationnel avec ses patrons la met en difficulté et elle s’aperçoit que sa croyance ne fonctionne plus. A partir de ce moment elle peut trouver une nouvelle façon d’appréhender la relation mais au lieu d’agir au sein de son entreprise, elle se tourne vers un autre projet. On peut imaginer qu’elle n’a pas faire évoluer la relation avec ses patrons parce qu’eux-mêmes sont encore fixés sur le lien exclusif

 

 

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